Il était une fois, la kora

Publié le par Théia




La communauté Thème de la semaine, gérée par Dana, propose comme sujet de cette semaine, un instrument de musique.

J’ai rencontré la mélodie de la Kora et le chant du griot en écoutant un disque 33 tours (eh oui !  Cela fait longtemps … ) : une femme, vêtue de bleu, chantait la mémoire d’un village ; elle était accompagnée d’un musicien qui jouait de la kora.  La voix de la chanteuse s’élevait comme les flammes d’un feu de soirée...   Les salamandres de feu griffaient la nuit de signes lumineux, mots de légendes, et le son de la Kora accompagnait les étoiles brûlantes au plus haut de la nuit...  Lorsque le disque s’arrêta, je me retrouvai l’âme pantelante, traversée par l’immense du désert , l’infini de la nuit.  Ce disque, je ne l’ai pas retrouvé ; les noms de la chanteuse, et du musicien, je les ai oubliés.  Mais il me reste l’empreinte de leur chant, gravée sur ma peau d’âme, à tout jamais…

La Kora a une légende.  Laissez-moi vous la raconter, à ma façon…

Il était une fois, un grand empire, à l’ouest de l’Afrique.  On l’appelait l’Empire du Mandé.  La végétation y était dense, et le gibier abondant.  L’eau ne manquait pas.  Son fondateur s’appelait Soundjata Keïta.  Il était connu, non seulement pour ses prouesses guerrières, mais également pour sa grande sagesse.  Sous son règne,  le Mandé, libéré des envahisseurs, connut une ère de prospérité et de tolérance.

Un jour, l’un de ses généraux, Tiramagan Traoré, s’en alla à la chasse, en compagnie de son griot Djelimadou Woulen Diabate.  Sur les hauteurs de Kabou, près d'une grotte, il aperçut une femme-génie (Djin).  On dit qu’elle connaissait mieux que quiconque, les secrets de la Montagne.  Elle était d’une très grande beauté.  Lorsque Tiramagan Traoré voulut s’en approcher, la femme-génie, effarouchée, disparut dans la grotte.

Le général redescendit dans la plaine.  Mais la nuit, il ne cessait de penser à la femme-génie et à sa beauté remarquable.  Il en tomba amoureux.

Le lendemain, accompagné d’un ami : Waligelenjan, descendant de Kamisoko, il repartit dans la montagne, muni d’un filet de pêche, afin de capturer la femme-génie.  Comme la veille, elle était assise devant la grotte.  Un sifflement, soudain, retentit dans l’air et la femme-génie se trouva prise au piège du filet.  Elle tira de toutes ses forces, entraînant filet et chasseurs vers la grotte.  Mais Tiramagan Traoré était le plus grand chasseur du Mandé.  Sans lâcher prise, il donna un peu de lest, et la femme-génie disparut dans la grotte.  Puis, d’une main ferme, il ramena doucement, le filet et sa prise vers lui.  Il délivre la femme-génie et lui avoue son amour.  La Djin plonge son regard perçant dans le cœur de Tiramagan Traoré, elle y voit un amour sincère.  Alors, elle consent à le suivre et lui offre un instrument de musique : la kora.
Mais Tiramagan étant de noble naissance, il ne pouvait en jouer.  Il confia donc la kora à son griot.

On dit que l’esprit de la Djinn vit dans la kora. C’est pourquoi elle émet des sonorités cristallines si particulières..  On dit de la kora, qu’elle "allonge la pensée".  Lorsque l'on joue de l'instrument, l’insupportable des bruits du monde se transforme en un chant de lumière. On dit de la kora qu'elle est l’histoire de " l’être humain arrivé à maturité ".

Djelimadou Woulen Diabate fut le premier à recevoir le secret de la Djin, le premier à faire vibrer les 22 cordes de la kora.  Lorsqu’il décéda, on ôta une corde à l’instrument et on la coucha à ses côtés.  Depuis ce jour, le secret de la Djin se transmet de père en fils, dans la lignée de Diabate.  Et la kora ne compte que 21 cordes, avec un anneau de cuir libre.



Le choix n'est pas facile.  J'ai opté pour cette video parce qu'elle se rapproche le plus de la mélodie que j'avais entendue jadis.  Et que Toumani Diabaté célèbre à merveille la kora...  Je vous en souhaite un bon moment d'écoute.



Le griot (ou djeli):

le djeli (le sang) est celui qui a le pouvoir et le devoir de dire ce que pense le peuple, et ce que doit faire le roi.  Il n'a ni totem, ni interdit.  Il connait l'histoire et l'arbre généalogique de toutes les familles, et il peut, à tout moment, chanter la gloire ou les heures sombres des familles aux oreilles de tous, sur la place publique.  On ne devient pas djeli.  La fonction se transmet de père en fils.  "Il (le djeli) est le lien indissociable entre l'être et l'esprit, entre l'homme et son histoire, entre la société et son sang vivificateur." (1)


Sources:
-
Le Djeli (1)
- Toumani Diabate
- Mots pluriels

Publié dans Thème de la semaine

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Commenter cet article
S
<br /> wow ! merveilleux, j'ai passé mon enfance au Togo ...<br /> <br /> <br /> au plaisir<br /> <br /> Servanne<br /> <br /> <br />
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S
<br /> ou es-tu passée?<br /> je t'embrasse fort<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Bon lundi à toi !<br /> <br /> <br />
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E
<br /> Ton article est excellent et j'aime beaucoup cet instrument de musique africain.<br /> Merci,<br /> eMmA<br /> <br /> <br />
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U
<br /> Ecouté en boucle toute la soirée... refilé à des amis, aussi :)<br /> Merci pour ce bel article Theia!<br /> Douce nuit à toi.<br /> <br /> <br />
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