L'instant de création

Publié le par Théia




« Tu n’as pas à te préoccuper du contenu de tes créations : l’arbre se préoccupe-t-il des fruits qu’il va porter ?... »
Ecrits Lumière

En lisant ces mots, il y eut, en moi, comme une mouvance.  Un déplacement.  Une verticale.  Une orientation…  Quelque chose s’est déplacé.  Un peu plus à gauche.  Côté cœur.  Du contenu à l’élan créateur.  Toute mon attention concentrée sur l’instant de la création.  Je me  sentis plus légère….  Libérée.  L’angoisse s’était dissoute.  D’un seul coup.  Plus de questions sur le contenu.  Etait-il bon ?  Ou mauvais ?  Approchait-il du but que je voulais atteindre ?  Plairait-il ?...  Les questions pleuvent comme une averse automnale, lignes fines sans discontinuité, de l’aube au crépuscule, voire sur les rives du sommeil.  Elles plantent leur aiguillon dans la chair du cœur, et l’estomac, qui se tord sous l’amertume.  L’accomplissement jamais atteint.  Ni joie, ni repos.  Le travail terminé, demeure la perplexité.  Intense.  Où vais-je ?

Imaginez l’instant de création.  Quelque chose en vous, se meut.  Un effleurement.  Caresse de l’eau matricielle sur la peau du fœtus, l’enfant en devenir.  De cet ordre là.  Quelque chose vous agite.  Vous pousse vers l’agir.  Mais quoi ?...  Des mots ?  Du papier ?  De la couleur ?...  Qu’importe !  Il y a la matière.  Et vous la pétrissez.  La triturez.  Dans tous les sens.  Jusqu’à jaillisse l’idée.  Dans un cri de lumière.  Qui vous ouvre les yeux.  Qui se donne à voir.  Et voilà qu’elle surgit dans votre quotidien.  Vous la contemplez.  Avec émotion, peut-être…Elle est votre œuvre.  Une envie de la montrer.  La célébrer.  Lui tracer une voie… Laissez la vivre sa propre vie.  Oubliez la.  Elle participe au monde.

L’instant de création.  C’est entrer dans la faille.  Là, où perce la lumière.  Se laisser mouvoir.  Sans retenue.  Couler dans la faille.  Jusqu’à disparaître.  Devenir elle.  Tout entière…. Mais la peur de ne pas revenir.  De se perdre dans la faille.  Peur de la folie.  Tout cela vous retient.  Vous raidit.  Et vous ne glissez pas…  Vous restez sur le seuil.  Le pas figé.  Le regard plongé dans la lumière.  Et la faille qui se referme.  Tout s’obscurcit.  Et c’est là que l’on se noie.  Dans l’amer...  Le regret du seuil que l’on n’a pas franchi.  La lumière au bout des doigts, que l’on n’a pas touchée…  Il ne reste que le vide.

Le vide… Et le plein, tout à la fois.  Etroitement enlacés.  Car vous avez touché l’indicible.  Vous vous en souvenez.  Il vous a montré des choses.  Vous le savez.  Elles vous ont nourrie.  L’espace d’une seconde.  Juste avant que se ferme la faille.  Que l’oubli n’arrive.  Vous ne vous souvenez plus des choses.  Juste que vous les avez vues…  Alors, le regard tendu, vous scrutez la ligne d’horizon.  Vous cherchez  la voile.  L’instant de création… Qui ne revient pas.  Car, il n’est qu’un seul passage...






Image:
ancienne image cueillie sur le net.  Jadis, elle était nommée Aquila.  Je ne l'ai pas retrouvée aujourd'hui, sur le net.  Je n'ai pas d'autre référence.

Publié dans L'Intime

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M
<br /> J'aime beaucoup ce texte qui parle bien de ce détachement de l'"objet création" et de l'abandon au vide . Bonne journée.<br /> <br /> <br />
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I
<br /> ce temps de création... où tout nous paraît accessible mais en même temps impalpable. Comprendre ce qu'il s'y passe est impossible, la création est un espace hors du temps où justement il faut se<br /> laisser guider en confiance. Chose que tu arrives très bien à faire. Passe un très bon dimanche Théia.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> L'image rend bien compte en effet de l'état de tension et de bouleversement intérieurs dans lesquels tu te trouves. Oui, laisser aller, laisser poindre, mais quoi ? Simone Weil (pas la ministre, la<br /> philosophe) parlait de "l'attente de Dieu" disant elle aussi que nous sommes là, sur la rive, démunis et les yeux tendus vers le ciel, qui demeure vide. Et nous en revenons à cet amour de... Rien.<br /> mais c'est du Vide seul que peut émaner quelque chose de totalement Neuf.<br /> <br /> <br />
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